169. Les personnes alcooliques sont–elles plus exposées au chik ?
  Mise en ligne le : 18/02/2006 Dernière révision : 26/04/2006
 

Oui. Nous avons noté dans tous les hôpitaux des atteintes très graves du foie (hépatites sévères) survenant le plus souvent chez des personnes alcooliques. La gravité de ces hépatites était sous-tendue par l’ingestion de paracétamol, même à des doses inférieures aux doses toxiques. Certaines de ces personnes avaient en raison du chik cessé toute consommation d’alcool depuis plusieurs jours, d’autres avaient encore des alcoolémies positives à leur admission. On s’interroge sur les rôles respectifs du virus, du paracétamol et de l’alcoolisme dans la responsabilité de la survenue de l’hépatite, car la littérature médicale ne fait que peu d’ allusion à ce type de corrélation. Les examens microscopiques du foie ont noté dans plusieurs cas des lésions typiques d’infection virale en histologie (étude microscopique des tissus), ainsi que des RT-PCR chik positives témoignant de la présence du virus dans le foie de ces patients décédés. On sait également qu’une enzyme appelée cytochrome P 450 dégrade le paracétamol en un métabolite toxique pour le foie et que l’alcool active le cytochrome P 450. Par ailleurs, en cas d’association à l’alcool, la dose toxique de paracétamol serait abaissée de 10 gr à 5 gr et la toxicité du paracétamol est majorée lors de l’arrêt ou diminution consommation d’alcool. Car même si la personne ne consomme plus d’alcool, le cytochrome reste activé pendant quelques temps et continue en présence de paracétamol de produire des métabolites toxiques. Un alcoolique qui a cessé toute consommation depuis plusieurs semaines n’est plus concerné par ce risque paradoxal.

A la Réunion, plus de 50% de la population est concernée par l’abus d’alcool, avec 20% de personnes dépendantes (environ 100 000 personnes) et la mortalité liée à l’alcoolisme est cinq fois plus élevée qu’en France métropolitaine.

Dans ce contexte, on ne peut pas recommander de poursuivre la consommation d’alcool, sous prétexte de «protéger» quelques individus d’un hépatite dont on sait que de toute façon, elle surviendra préférentiellement sur fond d’alcoolisme chronique.
Le message reste clair : il faut stopper l’alcoolisation excessive qui tue plusieurs milliers de réunionnais alcooliques ou innocents (sur les routes) par an et détruit tant de familles. Une quinzaine de survies hypothétiques d’un côté, et des milliers de morts de l’autre. Il est clair que dans les chaumières, la consommation de répulsifs doit continuer de remplacer celle de l’alcool !

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