21. Y a t'il un risque de transmission de la fièvre jaune à La Réunion par l'Aedes qui est le vecteur du virus Chik ?
 

Non. Le cycle de la fièvre jaune (FJ) est très différent. Le cycle de la maladie nécessite des singes et des moustiques Aedes. Le réservoir du virus est constitué à la fois par les singes en phase de virémie et par les moustiques vecteurs, ces derniers conservant toute leur vie le virus dans leur organisme. Certains peuvent même conférer l'infection à leur descendance. Nous n'avons pas les singes... De toute façon, il existe un vaccin très efficace et qui protège parfaitement pendant 10 ans.

Citons le Pr. Pierre Aubry, Professeur de Médecine tropicale, in www.medecinetropicale.com

« La FJ demeure une endémie redoutable et une menace constante en Afrique Noire et en Amérique intertropicale. Elle ne sévit pas en Asie, en Océanie, dans l'Océan Indien. Elle est due au virus amaril. Elle se présente comme une hépatonéphrite hémorragique, le typhus amaril, avec une phase de début ou phase rouge, une rémission au 3e jour, une phase d'état ou phase jaune avec ictère, vomissements (vomito negro), hémorragies principalement  digestives, syndrome rénal. Sur le plan biologique, grande valeur pronostique de la protéinurie. L'évolution est défavorable dans un nombre de cas très variable suivant les épidémies. Il y a de nombreuses formes cliniques : formes inapparentes, frustres, fulminantes, suraiguës, à prédominance hépatique, rénale, cardiaque, neurologique.

L'épidémiologie est complexe dans la mesure où, dans les milieux naturels, le virus amaril circule en permanence au sein des populations de singes, grâce à des moustiques sauvages simiophiles servant de vecteurs. Ce n'est qu'accidentellement, lorsque l'homme vient à se trouver en contact avec un tel cycle selvatique, que se produisent les premiers cas humains. L'OMS a délimité des zones d'endémicité amarile en Afrique Noire et en Amérique tropicale, (plus Trinidad). L'incidence de la FJ varie beaucoup d'une année sur l'autre : en 1997, l'OMS estimait l'incidence annuelle à 200 000 cas et 30 000 décès par an Le réservoir du virus est constitué à la fois par les singes en phase de virémie et par les moustiques vecteurs, ces derniers conservant toute leur vie le virus dans leur organisme. Certains peuvent même conférer l'infection à leur descendance.

En Afrique, la FJ est endémique en zones de forêt grâce à un cycle enzootique sauvage : singes (cercopithèques, colobes,.), hôtes primaires du virus, développant des infections inapparentes, Aedes primatophiles de canopée comme Aedes africanus. En limite des massifs forestiers, les mosaïques forêt-savane, les galeries forestières, les savanes humides constituent les zones d'émergence, les vecteurs y atteignant des densités élevées dans les canopées et aussi au niveau du sol. Il s'agit de moustiques à forte longévité, capables de se disperser sur de longues distances. Les troupes de singes abondent dans ces écosystèmes et font de fréquentes incursions dans les plantations. Quant aux régions dotées de longues saisons sèches au cours desquelles les populations de vecteurs se raréfient, elles représentent des zones d'épidémies particulièrement dangereuses. Les hommes s'y déplacent facilement ; il y a des vecteurs domestiques, comme Aedes aegypti. On observe dans ces zones des épidémies rurales. Dans les zones urbaines, Aedes aegypti, vecteur exclusif assure une transmission épidémique strictement inter-humaine.

En Amérique intertropicale, les singes américains sont sensibles au virus amaril et c'est leur raréfaction qui est à l'origine des vagues épizootiques. Les moustiques vecteurs sont des Haemagogus. En cas d'interventions sur ces écosystèmes (ex. déforestations, créations de chantiers,.), les Haemagogus peuvent devenir actifs au niveau du sol et venir agresser l'homme au niveau des campements. C'est l'origine des cas sporadiques de FJ dans les pays d'Amérique latine.

En 2004, la fièvre jaune a touché 13 pays, 235 cas ont été déclarés avec 65 décès (létalité : 28%) : huit pays d'Afrique (Côte d'Ivoire, Burkina-Faso, Guinée, Cameroun, Libéria, Sénégal, Mali, Ghana) avec 124 cas et 13 décès (10%) ; cinq pays d'Amérique du sud (Bolivie, Brésil, Colombie, Pérou, Venezuela) avec 111 cas et 52 décès (47%). En 2005, des cas ont été signalés en Guinée, au Burkina-Faso et en Côte d'Ivoire.

La prophylaxie de la FJ suppose d'abord une bonne connaissance des conditions locales de circulation du virus, préalable indispensable à la mise en ouvre d'une surveillance active et constante des foyers, qui doit porter sur les singes, les hommes et les vecteurs.

Trois types de mesures sont associées : isolement sous moustiquaire des malades et suspects, contrôle des moustiques Aedes aegypti, vaccination systématique des populations exposées, à l'aide du vaccin 17 D (vaccin à virus vivant déconseillé chez la femme enceinte). Soixante à 80% de la population doit être immunisée (naturellement ou après vaccination) pour éviter les épidémies. »

 

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Dernière modification : lundi, 16. juin 2008 19:01